Suivi des inondations 2021 et 2024, que fait la province pour les cours d’eau?
Suivi des inondations 2021 et 2024, que fait la province pour les cours d’eau?

Suivi des inondations 2021 et 2024, que fait la province pour les cours d’eau?

Lors du Conseil provincial du 24 mars 2025, j’ai interpellé le Collège provincial sur la gestion des cours d’eau et la préparation de notre Province face aux risques climatiques, à la lumière des inondations de 2021 et de 2024. À travers une série de questions précises, j’ai souhaité faire le point sur l’état d’avancement des travaux, les moyens humains et financiers mobilisés, la coordination avec les communes et la Région, ainsi que sur la capacité de la Province à anticiper les crises futures. Cette interpellation s’inscrit dans une volonté claire : protéger les citoyens, renforcer la prévention et garantir une action publique coordonnée, efficace et transparente face à des phénomènes climatiques appelés à se répéter.

Conseil provincial du 24 mars 2025

En 2021, on s’en rappellera tous, notre Province a été durement frappée par les inondations et des milliers de familles ont perdu leurs habitations, leurs souvenirs, parfois la vie et leurs repères. Des commerces, des infrastructures publiques et des voiries ont été également fortement endommagés, plongeant même certains quartiers dans un énorme processus de reconstruction qui n’est pas encore terminé à l’heure actuelle.
Plus récemment, en 2024, c’est le nord de notre Province qui a, à son tour, été sévèrement touché par des inondations. Et donc ces phénomènes, on le sait, malheureusement, vu la crise climatique, sont extrêmes et vont probablement s’intensifier et se multiplier dans les prochaines années. C’est pourquoi on est convaincu que dans ce contexte, la Province joue un rôle clé dans la prévention de ces catastrophes et évidemment de tout le rôle essentiel joué par les services de la Province qui doivent gérer, on l’a dit, les infrastructures et les cours d’eau et qui contribuent activement à la protection des biens et des personnes.
Et nous saluons d’ailleurs souvent les conditions difficiles dans lesquelles ils travaillent et face à ces urgences croissantes. Cela a été rappelé lors du rapport d’activité des services, toute l’importance, évidemment, du travail qui a été réalisé ces dernières années, et nous remercions le Député en charge pour le travail de pilotage qu’il a réalisé avec les services, de tout ce qui a été fait durant ces dernières années. Néanmoins, force est de constater qu’il reste encore beaucoup de stigmates par rapport aux inondations non seulement de 2021, mais de 2024.
Et donc face aux défis climatiques à venir, il est pour nous, évidemment, indispensable de poursuivre le travail et de continuer à se poser les bonnes questions, mais aussi d’assurer un travail de coordination avec les communes et voire le cas échéant avec le SPW puisqu’on sait que les cours d’eau sont de première, deuxième ou troisième catégorie, et pour certains sont gérés en partie par les Communes, en partie par la Province et en partie par la Région.

Et donc c’est pourquoi, on prône une approche qui soit cohérente et coordonnée entre tous les acteurs, et on sait quand on est mandataire communal que ce n’est pas évident parfois de lier les deux. Et donc nous souhaitons évidemment demander de poursuivre le travail qui a été commencé et présenté lundi dernier en Commission.
Et donc mes questions sont les suivantes :

  • Est-ce qu’il existe une cartographie précise des travaux encore à réaliser pour le futur ? Si oui, est-ce que nous pourrions éventuellement obtenir cette cartographie?
  • Ces travaux sont-ils priorisés en fonction des zones les plus exposées aux risques futurs en fonction des événements climatiques ?
  • Quel est le budget estimé pour la réalisation des travaux encore nécessaires, non seulement par rapport aux inondations de 2021, celles de 2024, voire même les événements un peu plus locaux qui l’ont pu se passer depuis ?
  • Une analyse globale des risques a-t-elle été menée pour l’ensemble des cours d’eau de la province afin d’anticiper les événements futurs ?
  • Quels sont les aménagements structurels qui sont envisagés pour limiter les risques des futures catastrophes, et on en espère le moins possible évidemment ?
  • Quelles sont les modalités de concertation entre la Province et les Communes pour assurer une gestion cohérente et efficace des cours d’eau même si on sait que des outils sont déjà en place actuellement, on est bien conscient qu’il faut qu’ils continuent à évoluer et à être simplifiés.
  • Enfin, les moyens humains et matériels du service des cours d’eau provincial sont-ils à l’heure actuelle suffisants ? Et sinon, quelles sont les mesures envisagées pour renforcer ces capacités ?
    Et donc, face à ces défis climatiques qui s’annoncent, nous devons faire preuve d’anticipation et de réactivité, et-t donc, pour nous, une gestion rigoureuse et concertée des cours d’eau est une condition essentielle pour éviter les événements dramatiques de 2021 et 2024.
    Et donc, nous vous remercions d’avance pour vos réponses qui, nous n’en doutons pas, nous donneront confiance à l’avenir, et donc, on se réjouit déjà d’avoir les réponses jeudi.
    Merci.

M. André DENIS, Député provincial (à la tribune).

Merci Monsieur le Président, Madame le ou la gouverneuse …
Madame LEPONCE m’interpelle sur la gestion des cours d’eau.
Madame la Conseillère, votre question et ses sous questions montrent un intérêt tout à fait légitime et pertinent par rapport à l’importance d’une bonne gestion des cours d’eau de 2e catégorie, ceux dont nous avons la charge. Tout d’abord, il convient de souligner que la Déclaration de Politique Provinciale portée par le Collège va tout à fait dans le même sens.
Ces questions sur la préparation face aux défis climatiques à venir sont des préoccupations que nous portons depuis plusieurs années, et particulièrement depuis les
inondations de 2021 et 2024. Je vais donc m’attacher à répondre aux différents points que vous soulevez.
D’abord, aujourd’hui, il n’existe pas à proprement parler de cartographie des interventions. Celles-ci sont priorisées en fonction de la connaissance de terrain des agents, des demandes des Communes et des riverains, dans la limite des obligations d’entretien qui incombent au gestionnaire provincial.
Je soulignerai une initiative portée par le Contrat de Rivière Vesdre en la matière. En effet, ils développent actuellement une carte interactive dans laquelle les différents projets d’intervention des gestionnaires seront intégrés. Ainsi, l’objectif est de communiquer auprès des citoyens sur les différents projets entrepris.
De plus, depuis novembre 2024, une nouvelle législation impose aux gestionnaires d’effectuer une visite de l’ensemble de ses cours d’eau tous les 6 ans. C’est dans ce cadre que nous souhaitons établir une cartographie qui sera plus large que le seul problème de bon écoulement des cours d’eau qui nous incombe, j’y reviendrai.
Car, pour suivre l’ordre de vos interrogations, je vais ici m’attarder sur la priorisation des interventions. A la suite des inondations, l’intervention provinciale a été échelonnée de façon à traiter les travaux en fonction de leur degré d’urgence.
Ainsi, tous les embâcles principaux qui obstruent significativement le lit des cours d’eau ont été enlevés (arbres, branches, atterrissements ponctuels, crasses…) et des dépôts sédimentaires plus globaux continuent à être évacués. Les coûts pour déplacer de tels sédiments sont très importants, ce qui a amené à une priorisation des chantiers. La réparation des ouvrages privés, elle, est du ressort des propriétaires riverains.
Pour votre bonne information, dès que les berges du cours d’eau sont modifiées, leur entretien incombe aux riverains ou propriétaires, qu’ils soient publics ou privés. C’est une information valable pour chacun d’entre nous parce que vous allez être sollicité par les riverains.
Une question qui revient régulièrement, chacun peut répondre quand il est sollicité : nous sommes responsables de l’écoulement de l’eau et des berges naturelles.
Pour parler « Budget », les interventions urgentes ayant été réalisées, le budget nécessaire actuellement ne doit plus être vu comme une intervention extraordinaire pour faire face aux crues récentes, mais plutôt comme un travail de fond permettant de réaliser les enlèvements plus conséquents de sédiments en partie dans les cours d’eau couverts, d’entretenir, de mettre en œuvre des aménagements et de prévenir les risques d’inondations.
Notez qu’en 2025, un budget ordinaire de 800.000 € est consacré exclusivement à ces travaux d’entretien récurrents des cours d’eau ! En complément, un budget extraordinaire est prévu en fonction des opportunités notamment tous les travaux subsidiés et des aménagements particuliers nécessaires. Cette année, il est de 1.220.000 € au total un budget de 2 millions d’euros dédiés aux cours d’eaux provinciaux.
En parallèle, nous avons également répondu à des appels à projets de la Région Wallonne.
Ceux-ci ont pour but de permettre la réalisation de projets qui sont, pour la plupart, déjà analysés du point de vue technique et qui permettent de rassembler la Province et les Communes autour d’objectifs communs.
Ainsi, dans le cadre de la Fiche 319 « Berges » du Plan de Relance de Wallonie pour la réalisation d’aménagements de réduction du risque d’inondation, le Province a obtenu un financement de 2.390.000,00 € pour la réalisation de projets sur 5 cours d’eau, en partenariat avec les Communes concernées. Les travaux doivent être réalisés par fin 2027. On y travaille.

Pour reprendre le questionnement à propos de l’analyse globale des risques liés aux inondations, il est indispensable d’analyser le fonctionnement des cours d’eau à la fois pour connaître les risques et identifier les solutions qui permettent de les réduire.
Cette fin, nous souhaitons renforcer notre cellule dédiée à la réalisation d’études hydrauliques et hydrologiques et à l’établissement de plans stratégiques de lutte contre les inondations. Une approche que nous avions déjà initiée en 2018, soit bien avant les terribles inondations de 2021.
Aujourd’hui, face aux épisodes que nous avons connus, l’idée est de pouvoir augmenter le nombre d’études simultanées et d’améliorer l’accompagnement des étapes confiées à des bureaux extérieurs avec des agents ayant des compétences particulières en la matière. Un marché global est en cours de préparation dans cette optique, ce qui permettra une facilité pour lancer chaque année des études sur plusieurs cours d’eau, avec un budget annuel qui devrait avoisiner les 600.000 €.
Cette même cellule pourrait également répondre à un besoin des Communes, qui n’ont bien souvent pas les ressources techniques pour mettre en œuvre de telles études.
Par ailleurs, il est apparu ces dernières années que, de manière générale, les cours d’eau canalisés cette fois représentent une vulnérabilité importante dans les épisodes de crues. D’une part parce que le débit, déjà en temps normal, y est limité, mais également parce que de nombreux ouvrages sont vétustes et pourraient s’effondrer.
Même si la Province n’est pas responsable directement de ces ouvrages, dont l’entretien incombe aux propriétaires comme évoqué ci-avant, la Province étant, elle, tenue d’assurer le bon écoulement des eaux, il est indispensable d’effectuer un levé de ces cours d’eau, tant pour obtenir une information cartographique – le tracé précis de nombreux cours d’eau est encore inconnu à ce jour -, que pour identifier des éventuels problèmes d’encombrement du lit ou de stabilité des ouvrages.
Un premier marché de levés est en cours actuellement avec l’ambition de faire le relevé de l’entièreté des cours d’eau canalisés de 2e catégorie, soit environ 100 km de cours d’eau, ce qui représente un investissement important sur les 5 prochaines années.
A propos de votre interpellation sur les éventuels aménagements structurels. Sachez que les études hydrauliques évoquées ci avant ont pour objectif de définir les aménagements opportuns à réaliser : on ne peut empêcher les crues, mais il convient de travailler pour en atténuer les conséquences.
Ainsi, la lutte contre les inondations est un travail concerté. Les riverains doivent aussi être impliqués, car il apparait de plus en plus clairement que la résilience de l’habitat et l’information des riverains sont des points clés dans la lutte contre les inondations.
Les études hydrauliques vont permettre d’orienter les différents acteurs sur le choix des mesures à mettre en place, en collaboration avec les riverains, les Communes, et les autres opérateurs publics, afin de prévenir l’impact des crues.
La Province soutient les Contrats de rivière qui ont une action de sensibilisation des riverains à la problématique.
En outre, la Province participe aux Comités Techniques par Sous-Bassins Hydrographiques, (les CTSBH) qui sont des lieux de rencontre et d’échange mis en place par la RW dans le cadre des plans de lutte contre les risques inondations (PGRI).
Ces dernières années, les missions incombant au Service des Cours d’eau ont été très largement amplifiées par plusieurs facteurs tels que : les crues de plus en plus fréquentes, et en particulier celles de 2021 et 2024 ; l’évolution de la législation avec de nouvelles responsabilités qui incombent aux gestionnaires, notamment l’obligation de visite de l’ensemble du réseau tous les 6 ans.
De nouvelles compétences permettant une meilleure maîtrise des cours d’eau : autorisation pour toute construction à moins de 6 mètres, possibilité renforcée de supprimer des ouvrages problématiques.
Une composante environnementale de plus en plus présente la problématique du castor qui s’implante sur le territoire, créant de nouvelles problématiques ; la multiplication des appels à projets aussi bien régionaux que transfrontaliers ; un nombre croissant de litiges liés aux ouvrages en mauvais état, notamment sur les cours d’eau canalisés ; la réalisation d’études hydrologiques et hydrauliques…
Il faudra également tenir compte du futur rôle que la Wallonie compte confier aux Provinces en matière de gestion des cours d’eau dans les prochaines années.
Face à ces réalités, et pour terminer avec les moyens humains et matériels sur lesquels votre attention se portait également, nous souhaitons renforcer le Service des Cours d’eau à travers la recherche de nouvelles compétences, tant en interne qu’en externe puisque ces profils experts ne sont pas évidents à trouver.
Je vous remercie pour votre bonne attention.

Mme Mélanie LEPONCE, Conseillère provinciale (à la tribune).

Merci, Monsieur le Président.
Merci, Monsieur le Député, pour vos réponses très complètes, qui, comme je l’espérais, nous rassurent quant à l’avenir.
Evidemment, même s’il reste des constats quand même d’un travail colossal devant nous.
Je résumerai votre intervention et vos réponses en quatre verbes :
Impliquer : tant les pouvoirs locaux, régionaux, mais aussi les citoyens. Il me paraît important d’avoir eu cette réponse publique aujourd’hui pour aussi que les citoyens sachent ce qui est fait, mais ce qui leur incombe aussi.
Le verbe « anticiper », je vous ai entendu plusieurs fois le dire dans votre intervention, et c’est assez rassurant pour l’avenir.
Le verbe « renforcer », puisque vous n’avez pas hésité à dire que les services et moyens devraient être aussi renforcés pour justement pallier aux risques futurs liés à la crise climatique.
Et enfin, le verbe « agir », et je me réjouis qu’une cartographie soit en cours de réalisation et amenée à évoluer. On sait que l’urbanisation croissante, ou parfois différente, amène les cours d’eau à prendre de nouvelles voies, de nouvelles déviations et de nouveaux chemins, donc ce sera important d’avoir une cartographie qui évolue avec le temps.
Je vous remercie pour vos actions, pour vos réponses, et nous ne manquerons pas de vous soutenir et de continuer à participer constructivement à l’ensemble des actions.
Je vous remercie.

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